Lune, Jules Renard

JRLune

Illustration de Jessica Tremblay sur un texte de Jules Renard

Exercise de style: à chaque matin, j’ouvre le Journal de Jules Renard, choisit une citation et la met en image. Une pratique du haïga, même si les textes de Jules Renard ne sont pas des haïkus. 

La première idée qui nous vient à l’esprit, c’est toujours d’illustrer directement l’image décrite dans le texte: “Orage, l’éclair ne voit pas clair.”  On se dit: “Ah, le texte parle d’un éclair pendant l’orage, alors je vais illustrer un éclair.”  Puis, je me suis souvenu que, dans le haïga, l’image doit complémenter le texte sans le répéter. J’ai un peu regretté ce haïga trop hâtif.

Au deuxième essai, pour le texte sur la poupée – “Hier sa poupée est morte mais aujourd’hui elle va mieux” – j’ai commencé à illustrer une poupée (pas facile, en passant), puis j’ai pensé: non, il faut aller au delà. Pourquoi pas le fil, les boutons et l’aiguille qui ont servi à réparer la poupée?

Le troisième haïga parlait d’un clou dans le mur: “A un gros clou pendent de petites choses légères”. Encore là, la première idée qui vient à l’esprit, c’est d’illustrer un clou. Puis, la chose légère (j’essaye un soutien-gorge). Puis, je me dit non: il faut aller au-delà. Pourquoi pas une tasse de thé fumante? Pendant qu’on attend que le thé refroidisse, on a le temps d’observer des petits détails comme un clou dans le mur.

Pour le quatrième haïga d’aujourd’hui – “La lune, médaille au cou de la nuit” -, je fais un cercle. Pleine lune. Voilà, j’ai terminé. Non, non, non. Paresse. Il faut pousser au-delà. Qu’est-ce qui vit la nuit que je pourrais illustrer, qui ferait instantanément référence à la nuit, à la lune? Un loup. Ah, trop compliqué. Puis, je me souviens d’un modèle origami de renard (du livre Horrorgami) que je pourrais dessiner aisément. Voilà.

Tiens, c’est comme si Jules Renard s’était immiscé dans l’image. Salut, Jules!

 

Advertisements

4 thoughts on “Lune, Jules Renard

  1. Vraiment une idée originale qui fait (re)découvrir les textes de Jules Renard  et les met en valeur .Quant aux” illustrations “,ni trop ni trop peu:parfaites .Lu dans un ouvrage de Charles Dantzig intitulé  “Pourquoi lire?””Quand il y a texte et photographie (J’ajoute dessin ),le mieux est que la photographie ne soit pas de l’illustration ,ni le texte du commentaire .Chacun vit de son côté comme la plage et la mer .”Jolies fêtes ! Martine

  2. Ce que j’aime dans ce billet, (au-delà du haïga que je trouve particulièrement réussi ! ) c’est que, en prime, tu partages avec nous ce qui se passe dans ta tête pendant que tu le crée. Intéressant et instructif !

  3. Le journal a longtemps était mon livre de chevet et un peu aussi les histoires naturelles; pas des haïkus c’est vrai mais un regard tout aussi intéressant… Je suis sûr que les japonais adorent. Ah! l’exotisme!dans le buissonle bruissement du serpent :- je suis ici…André

  4. @andre340 – Tout à fait d’accord avec toi. Jules Renard avait l’oeil du haïkiste, l’amour des petites choses, et un grand don pour la brièveté et l’imagerie.  Ses petites histoires naturelles sont aussi merveilleuses, mais le Journal, ah, c’est dur à battre. On feuillette et à tout coup on tombe sur une citation qui nous fait tomber des nues. Le fameux “Ah!” du moment-haïku.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s